@stomiebusy parle de la maladie de Crohn

Le Petit Reporteur ‱ SantĂ© ‱ ‱ 20h30

Juliette Mercier est illustratrice et professeure d'arts appliquĂ©s. À 16 ans la maladie de Crohn s'immisce dans sa vie. En 2017, elle subit une ilĂ©ostomie. Il s'agit d'une opĂ©ration qui consiste Ă  retirer la partie malade de l'intestin et Ă  poser une poche de stomie pour recueillir ses selles. Elle a créé le compte Instagram @stomiebusy pour sensibiliser sur sa maladie et son handicap avec humour et lĂ©gĂšretĂ©.

« Je m’appelle Juliette Mercier. J'ai 33 ans et j’ai grandi Ă  Brive-la-Gaillarde, dans le sud ouest de la France Â», commence celle qui se fait appeler @stomiebusy. « J’ai toujours Ă©tĂ© passionnĂ©e par le dessin et j’ai commencĂ© des Ă©tudes d’arts Ă  18 ans, Ă  AngoulĂȘme, Toulouse et Bordeaux. J’ai Ă©tĂ© graphiste puis professeure d’arts appliquĂ©s et aujourd’hui, je me consacre au mĂ©tier d’illustratrice. J’aime aussi beaucoup voyager. C’est dans l’air du temps en mĂȘme temps ! Par contre, je dĂ©teste organiser et je prĂ©fĂšre partir Ă  l’arrache pour le plus grand plaisir de mon copain (c’est faux) mais c’est comme ça que je me sens le plus libre. Je suis aussi fan de mon chien Marlito mais c’est difficile de faire autrement Ă©tant donnĂ© qu'il est l’incarnation de la perfection ! Â» (rire)

@stomiebusy - Le Petit Reporteur
Nestor Le Nounours en compagnie de Stomie Busy et Marlito.
Crédit photo : Stomie Busy.

La maladie, l'opération et aprÚs

« On m’a diagnostiquĂ© la maladie de Crohn quand j’avais 16 ans Â», explique @stomiebusy. « J’ai plutĂŽt bien pris cette annonce car je pensais que donner un nom sur ma maladie permettrait aux mĂ©decins de comprendre de quelle pathologie je souffrais et de me donner automatiquement un traitement efficace. Comme je m’étais trompĂ©e !! Â» Juliette Mercier prĂ©cise que les traitements traditionnels, expĂ©rimentaux, les rĂ©gimes ou encore les mĂ©decines alternatives se sont rĂ©vĂ©lĂ©es inefficaces sur elle et la maladie n’a fait qu’empirer petit Ă  petit pendant douze ans jusqu’à ses 28 ans. « LĂ , mon Ă©tat est trop catastrophique pour tenter autre chose. Je dois donc me faire opĂ©rer en urgence d’une ileostomie dĂ©finitive. Cette annonce-lĂ , je la prends mal. Je pense que cette opĂ©ration n’est pas forcĂ©ment efficace, que je vais ĂȘtre handicapĂ©e Ă  vie et que ma fĂ©minitĂ© va en prendre un sacrĂ© coup ! Â» AprĂšs une convalescence difficile et une phase d'adaptation, les symptĂŽmes disparus et sa libertĂ© retrouvĂ©e, Juliette Mercier a rĂ©alisĂ© que cette opĂ©ration lui avait donnĂ© « une prĂ©cieuse seconde chance, dont [elle] avai[t] trĂšs envie de profiter ! Â». Elle se dit « pressĂ©e de vivre Â», elle a retrouvĂ© [s]es capacitĂ©s. « Je peux travailler, voyager, faire du sport, profiter de ma famille et de l’apĂ©ro sans stress et sans douleur. Â»

@stomiebusy ou l'envie de communiquer sur la maladie et le handicap

« J’ai bien profitĂ© de cette seconde chance pendant plus d’un an et je me suis dit que si j’avais su que c’était aussi bien, j’aurais moins apprĂ©hendĂ© les choses. Ça m’aurait permit d’ĂȘtre plus sereine ! Â», avoue @stomiebusy. « L’idĂ©e de montrer le quotidien avec une stomie est partie de lĂ . J'ai ajoutĂ© le fait de parler de la maladie de Crohn, du handicap invisible, du regard des gens, des coulisses de la maladie dans le but de dĂ©dramatiser, faire sourire, communiquer et lever les tabous. À mon tour d’essayer d’aider un peu Ă  ma maniĂšre et d’utiliser mon expĂ©rience Ă  bon escient aprĂšs avoir Ă©tĂ© soutenue pendant des annĂ©es par ma famille, mes amis et les professionnels de santĂ©. Je me suis donc lancĂ©e sur Instagram, avec le compte @stomiebusy, et j’ai rĂ©alisĂ© que je n’étais pas seule. J'ai compris qu'il y avait un besoin de mettre la lumiĂšre la maladie et ce qu’elle implique. Puis j’ai Ă©tĂ© contactĂ© par les Ă©ditions Leduc pour Ă©crire un roman graphique. Ça m’a permis de raconter toute mon histoire. Â»

Apprendre Ă  relativiser

« La maladie m’a apprit Ă  profiter des petits riens de la vie Â», poursuit l'illustratrice. « Ă‡a m’a appris qu’il y a beaucoup d’imperfections, d’erreurs, d’épreuves mais que ce n’est pas que du mauvais pour autant et qu’on peut en tirer des leçons, essayer de comprendre certains comportements ou certaines rĂ©actions. Ça m’a inculquĂ© une certaine tolĂ©rance en fait, et surtout la capacitĂ© Ă  rire de tout ça ! C’est mon moyen de dĂ©fense sĂ»rement mais ça permet aussi de mieux vivre les choses sans pour autant nĂ©gliger leur importance. Â»

L'amour n'est pas fait pour moi... Ă  moins que...

Avec la maladie de Crohn, @stomiebusy prĂ©fĂ©rait le cĂ©libat car c'Ă©tait plus facile de gĂ©rer la situation seule. Elle avait peur d’ĂȘtre un boulet, de dĂ©cevoir et quand elle a Ă©tĂ© opĂ©rĂ©e, elle a pensĂ© qu'elle aurait beaucoup de mal Ă  trouver quelqu’un avec qui faire sa vie ! « Mais j’ai rencontrĂ© Julien trois mois aprĂšs l’opĂ©ration. Il n’a pas prĂȘtĂ© attention Ă  ma poche. Je n’avais pas envie d’expliquer ce que c’était et il a respectĂ© ça jusqu’au jour oĂč je me suis sentie prĂȘte. Depuis, poche de stomie ou pas, c’est la mĂȘme chose pour lui, il oublie ce dĂ©tail. Â»

Il est possible de retrouver les aventures de @stomiebusy sur Instagram et Facebook. Ses livres, quant à eux, sont à retrouver aux éditions Leduc.