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Le Grand Vide de Léa Murawiec ou l’obsession de la présence

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Le Petit Reporteur vous présente Le Grand Vide de Léa Murawiec. Le roman graphique met en scène Manel Naher. La jeune femme a une obsession : aller dans le Grand Vide. Mais ça, c’était avant qu’elle ne découvre qu’elle a un homonyme célèbre. À partir de ce jour, plus rien n’est plus pareil…

« Les gens sont complètement obsédés par leur présence. » (Manel Naher, l’héroïne de la bande dessinée Le Grand Vide de Léa Murawiec)

Le Grand Vide
Le Grand Vide, Léa Murawiec (édition 2024)

La ville et Le Grand Vide

Dans la ville où habite l’héroïne du roman graphique de Léa Murawiec les noms sont partout : taggés sur les murs, affichés sur une pancarte, en écriteaux lumineux au sommet des gratte-ciels. Les sans domicile fixe ne demandent pas d’argent. Ils quémandent une « présence ». Manel Naher n’en a cependant que faire, jusqu’au moment où elle se découvre un homonyme célèbre. «  Ce n’est pas inquiétant que quelqu’un ait le même nom que toi ? », lui demande son libraire. Au départ, elle n’y prête pas attention. Elle est obsédée à l’idée de partir pour Le Grand Vide. « En vrai, tu penses qu’on trouvera quoi, là-bas, à l’extérieur de la ville ? », l’interroge son ami Ali.

L’obsession de la présence

« On a intérêt à tomber sur d’autres êtres humains pour qu’ils pensent à nous. » Dans une ville où les noms figurent partout, comment se démarquer ? Le test de présence permet de calculer la présence de quelqu’un. Son ami Ali collectionne les cartes de visites qu’il accroche au mur de sa chambre. « Chaque fois que je regarde ce mur de cartes de visite, ça me confirme qu’on ne peut pas exister dans cette ville, au milieu de tous ces noms. » Son libraire propose à Manel Naher d’afficher sa photo en grand dans sa boutique.

C’est en faisant n’importe quoi qu’on devient n’importe qui

Pour reprendre la célèbre formule du youtubeur Rémi Gaillard, comme lui, Manel Naher est prête à tout, quitte à faire n’importe quoi. Elle déambule dans les rues en femme-sandwich avec écrit « Bonjour ». Elle participe à la danse de la présence. « Ça ira mieux quand je serai célèbre, là tout le monde saura que moi aussi je suis capable de gagner de la présence. » C’est finalement en giflant une pauvre femme dans la rue qu’elle acquiert sa notoriété. On la sollicite de partout : « deux énormes marques m’ont contactée pour que je défile pour elles, c’est dingue ! C’est même… » Mais elle finit par être définie comme celle qui baffe les gens. « On m’a proposé de jouer « Sofia » dans « La tendre claque » ».

De la présence à l’existence

« Même les immortels les plus motivés finissent par se lasser et tomber dans l’oubli. » Le Grand Vide de Léa Murawiec ne fait pas qu’interroger la présence, il questionne l’existence elle-même. « J’ai fait ça pour survivre. » s’agace Manel Naher lorsqu’on lui demande pourquoi elle a recherché l’immortalité. Elle finit cependant par en avoir « marre des interviews, marre de faire l’actrice, marre de [s]on petit spectacle ridicule ». Manel Naher décide donc de quitter cette ville qui semble interminable et elle part pour Le Grand Vide. Que va-t-elle y découvrir ?…

Dans Libération du 16 juillet 2021, Léa Murawiec déclare à propos de sa bande dessinée Le Grand Vide : « J’avais cette histoire en tête depuis longtemps et je sentais qu’elle avait besoin d’espace. L’idée de départ, c’est cette histoire d’êtres humains qui disparaissent lorsqu’on les oublie. En fait, c’est un peu glauque, mais ça vient de la forme des cimetières : je trouvais ça étonnant que, à la toute fin, ce qui reste de nous, c’est un nom. Un cimetière, c’est une collection de noms dont ne sait rien, qui n’évoque rien. Et dans ma tête, la première image de cette ville couverte de noms, c’est celle d’un cimetière. À force de travailler l’histoire, c’est devenu aussi une bibliothèque ou une librairie, des murs où les gens cherchent à faire un peu de place à leur nom. »

Le Grand Vide de Léa Murawiec. Crédit vidéo : Explore, le Mag.

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