La religieuse

« Il me semble pourtant que, dans un État bien gouverné, ce devrait être le contraire : entrer difficilement en religion, et en sortir facilement. »

Suzanne Simonin est enfermée par ses parents dans un couvent car elle est une enfant illégitime. Elle sera forcée de prononcer ses vœux. Elle deviendra la proie d’une mère supérieure démoniaque et subira les pires sévices. 

Commence alors la descente aux enfers pour cette jeune femme de 16 ans qui « fut renfermée dans sa cellule; on lui imposa le silence; elle fut séparée de tout le monde […] on était résolu à disposer d’elle sans elle. Il est bon de noter que l’écriture de ce livre commença en 1760, avant d’être publié en 1796 à titre posthume. Récit très controversé, il fut interdit dès 1824 par le gouvernement Villèle (président du Conseil des ministres).

Couverture : Anna Karina dans le film de Jacques Rivette, 1966

À l’écran, il fut également interdit par le gouvernement en 1966 à la suite de plaintes de religieuses et d’associations de parents d’élèves de l’enseignement privé. Le film représentera tout de même la France au festival de Cannes et l’interdiction sera levée 1 an après, en 1967. 

Œuvre anticléricale à part entière, Diderot s’est inspiré de l’histoire d’une religieuse qui intenta un procès en 1758 pour être libérée de ses vœux monastiques. Le livre, dont la narratrice n’est autre que sœur Suzanne, est d’une incroyable modernité. L’écriture est d’une simplicité étonnante pour l’époque. Fluide aussi. Vos yeux glisseront sur les phrases avant-gardistes du philosophe des Lumières.

« […] Je me suis trouvée religieuse aussi innocemment que je fus faite chrétienne […] » Voilà une phrase qui me semble être d’une violence extrême. Et Diderot ne s’arrête pas là. « […] Je n’ai pas plus compris à toute la cérémonie de ma profession qu’à celle de mon baptême, avec cette différence que l’une confère la grâce et que l’autre la suppose. »  Souvenez-vous, lors de la publication du roman, nous sommes en 1796, peu de temps après la Révolution.

Mais lors de son écriture, la Révolution n’aura lieu que 39 années plus tard. À travers Suzanne, Diderot réussit à nous faire ressentir le désarroi, la tristesse, la résignation mais aussi la folie qui s’installe autour de cette cruauté psychologique. De la douceur s’installe parfois. Il fera s’interroger Suzanne. 

 « Mais que la familiarité et les caresses d’une femme peuvent-elles avoir de dangereux pour une autre femme ? » C’était il y a près de 250 ans. Je vous invite à vite ouvrir ce livre et à en avaler les paragraphes sans restrictions. La censure de ce roman-mémoire est levée.

Profitez-en pour vous placer dans la peau de l’auteur, à la deuxième moitié du XVIIIe siècle, en lisant ce témoignage.Diderot s’autocensura en hésitant à publier ces écrits de son vivant. C’est dire l’impact que pouvait avoir cette œuvre polémique, pamphlétaire et dénonçant les privations d’une liberté en s’enferment au nom d’une religion. 

« Faire vœu de pauvreté, c’est s’engager par serment à être paresseux et voleur; faire vœu de chasteté, c’est promettre à Dieu l’infraction constante de la plus sage et de la plus importante de ses lois; faire vœu d’obéissance, c’est renoncer à la prérogative inaliénable de l’homme, la liberté. Si l’on observe ces vœux, on est criminel; si on ne les observe pas, on est parjure. »  

Vous l’aurez compris, Diderot fait preuve ici d’un athéisme certain. Avec ce livre, il s’en prend aux institutions religieuses. Pourtant, à l’initiative de ses parents qui envisageront pour lui la prêtrise, le jeune Denis recevra la tonsure à 13 ans en vue de succéder à son oncle chanoine. La suite sera toute autre.

« La vie claustrale est d’un fanatique ou d’un hypocrite. »

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