Dépression, des causes inattendues en évidence

La dépression touche de nombreuses personnes. L’OMS les chiffre à plus de 300 millions dans le monde. La maladie est un réel problème de santé publique. Elle représente une des premières causes d’incapacité. Des travaux ont mis récemment à jour une origine inflammatoire de la dépression.

La dépression sévère peut conduire les malades au suicide.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la dépression est « un trouble mental courant se caractérisant par une tristesse, une perte d’intérêt ou de plaisir, des sentiments de culpabilité ou de dévalorisation de soi, un sommeil ou un appétit perturbé, une certaine fatigue et des problèmes de concentration. » 

Un lien entre le système immunitaire et cerveau

Différents facteurs interviennent dans la survenue de la dépression. L’environnement de l’individu, sa personnalité, ses habitudes de vie, ses gènes ou certaines caractéristiques biologiques favorisent la maladie. Mais il a été mis en évidence que les maladies à composante inflammatoire ne sont pas en reste. Toute infection par des agents pathogènes entraîne deux types de réactions immunitaires. D’une part une immunité innée, première ligne de défense de l’organisme, rapide et peu spécifique de l’agent infectieux, d’autre part une immunité adaptative, spécifique (par le biais d’anticorps) mais plus lente. 

Ainsi la réponse inflammatoire entraîne avec elle son lot de perturbations physiologiques locales, immédiates et transitoires, comme les rougeurs. Les vaisseaux sanguins deviennent plus perméables. Ils permettent alors l’accumulation de cellules de l’immunité innée : monocytes, macrophages ou neutrophiles. Si ces cellules ont un effet positif dans le combat contre l’infection, elles favorisent néanmoins l’apparition de molécules inflammatoires comme les cytokines.

Le rôle des cytokines

Les cytokines affectent le cerveau car elles agissent via différentes voies, notamment par les voies sanguines. Ainsi elles perturbent la libération de neurotransmetteurs, comme la sérotonine, qui gère l’humeur. Elles stimulent également le nerf vague qui déclenche divers symptômes comme la perte d’appétit, l’apparition de douleur et de fièvre. Les cytokines attirent des monocytes circulants qui entretiennent l’inflammation. 

Le stress qui fait rage dans le cerveau influe sur l’activité immunitaire. Ainsi l’hypothalamus libère la corticotropine dans l’hypophyse. L’hormone se dirige alors vers les glandes corticosurrénales et permet la libération d’une autre hormone, le cortisol. Celui-ci stimule la production de cytokines par les monocytes et les macrophages. Le cycle inflammatoire s’installe alors et la dépression perdure.

Le tryptophane, un acide aminé régulateur de l’humeur 

En décembre 2018 Lucile Capuron a reçu le prix Marcel Dassault, qui soutient depuis 2012 des projets sur les maladies mentales. Avec les 300000 euros qu’elle a reçus, elle va pouvoir monter une étude clinique pour faire des recherches sur certaines enzymes, la voie IDO et la voie BH4, qui jouent un rôle dans l’apparition de la dépression. La chercheuse n’a pas choisi ces enzymes par hasard. 

Les cytokines activent de façon spécifique diverses enzymes. Parmi elles, l’indoléamine-2,3-dioxygénase (IDO), qui concoure à la dégradation d’un acide aminé essentiel à la multiplication des lymphocytes, le tryptophane. Ce dernier permet la production de la sérotonine. Celle-ci entre en action dans la régulation des humeurs et participent à la lutte contre l’apparition de la dépression.

Pour plus d’informations : Pour la science, n°497, Les causes insoupçonnées de la dépression.

 

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